J'aime marcher. J'aime marcher dans la rue avec plein de musique dans les oreilles. Fort. Très fort. À la limite du supportable. Je me sens bien, toute seule, au milieu de tous ces gens. Je ne vois plus les rues, je ne vois plus rien, je ne vois plus que cette musique, partout. Et puis je réveille mes yeux et je me mets à détailler tous ces éléments étonnamment déconcertants de banalité. J'aime croire que le monde tourne autour de cette musique qui résonne. Tout ceci n'est qu'un spectacle parfaitement coordonné. Tout bouge en rythme. C'est juste parfait. Le mouvement du vent dans les feuilles des arbres, celui des drapeaux, celui des gens qui marchent, le mouvement de leurs lèvres, une harmonie parfaite avec ce son qui m'hurle dans la cavité oreillale. Le rythme des troncs d'arbres et des poteaux qui sortent de mon champs de vision, les apparitions soudaines des phares des voitures, le passage d'un tram, c'ets maintenant la musique qui suit toutes ces gesticulations visuelles. C'ets parfaitement coordonné, et je suis la seule spectatrice. Je me sens privilégiée. Ces gens que je croise ne se doutent pas de ce qu'il se passe autour d'eux. Il fait nuit mais je n'ai pas envie d'arriver chez moi. "Clocks" de Coldplay resurgit. Ca faisait longtemps. Les voitures, les feuilles, le vent, mes pas. Tout reprend. Ca s'accélère. J'accélère. Sans même m'en rendre compte, je cours. Je cours vite alors qu'il pleut. Je ne cours pas pour éviter la pluie. Je ne cours pas parce que je suis pressée. Je ne cours pas parce que j'ai peur. Je cours parce que j'ai le besoin de courir. Pour profiter de cette petite pluie fine. Parce que je fais partie de ce spectacle. Parce que je suis atteinte. Parce que. C'est tout. Je suis bien. Merci au metteur en scène.