L'autre soir, à table, avec des invités:
_ l'invitée : "Et Lola, elle a fait une crise d'adolescence ou pas?"
_ ma mère: "Non. Enfin, on aurait eu du mal à le remarquer puisqu'à 4 ans elle était déjà insolente."
Et bim. Tiens. Mange. Hé! C'est pas vrai. Je ne suis pas insolente! Par contre, il faut reconnaître que j'ai un sens critique assez développé. Ouais disons clairement que je pourrais être championne olympique de la critique toutes catégories. Mais, non, pas insolente. Faut aussi que je vous explique que dans ma famille, la susceptibilité c'est un peu le sport national. Du coup, petite (EN ÂGE), j'ai dû oser dire quelque chose qui n'était pas de l'avis de ma mère, et depuis ce jour, elle a décrété que j'étais insolente (antipathique et désagréable aussi, pendant qu'on y est, on ne va pas se gêner). Hé oui, car c'est dangereux de ne pas être d'accord avec ma Douce Maman. Chez moi, c'ets clairement elle l'autorité paternelle. Alors faut la comprendre. Disons qu'au niveau autoritarial, ma Douce Maman, c'ets un peu un remake de Terminator, avec un peu plus de subtilité et de parfum au Musc.
"Haaaaaaaan! T'as vuuu?! Elle est trop méchante-han la fille-han, elle critique sa famille en public-han! Ca veut dire qu'elle aime personne ça-han, même pas sa famille-han."
Mais non. Je ne critique pas, je décris. Et puis je l'aime bien ma petite famille de tarés après tout.
Bref. Cette maladie de la critique, c'est bien plus dur à porter que ce que vous ne pensez! C'est inné. Génétique même. Certains sont gauchers, d'autres sportifs, moi c'ets la critique. Petite, je paraissais déjà désagréable, mais c'était l'époque où t'as encore le droit de dire n'importe quoi sous prétexte que tes phrases sont parfois encore incompréhensible, que tu dis "la maîtresse elle a dit" tous les 10 mots et que tu as une petite tête absolument attendrissante. Mais tout ça c'est bel et bien fini. Hé oui. Avec les années et le risque de voir tout mon entourage me fuire, j'ai appris l'importance de la diplomatie. Alors je me retiens. Pourtant, le moindre détail, le moindre mot, la moindre faute de goût, et une pluie de remarques innonde ma (petite) tête. Vous n'imaginez pas l'effort intense qui est nécessaire à contenir une phrase désagréable qui veut s'échapper, à l'empêcher de remonter jusqu'à ma bouche! Ouais, ça fait mal.
Car oui, j'aimerais bien lui dire qu'une coupe de cheveux comme ça, depuis qu'on n'est plus dan sles années 90, c'est interdit par la loi. Et à elle, j'aimerais bien lui dire qu'elle arrête de se la péter parce qu'elle ressemble à un hareng fumé atteint d'un léger strabisme. Oui, j'aimerais lui dire à lui que le pull qui lui a coûté un bras est mal coupé et qu'il n'est déjà plus à la mode. Et à elle, j'aimerais aller lui dire qu'elle est ridiculement lisse et sans charisme, la féliciter pour la merveilleuse idée qu'elle a eu d'aller se faire faire un nouveau nez aussi lisse que sa personnalité et des cheveux décolorés en un magnifique jaune pipi, histoire que son apparence physique rejoigne enfin le niveau déplorable de sa cervelle en plastique de Barbie. J'aimerais. Mais après on risque de me traiter de méchante. Alors je me retiens. Du coup, si vous me voyez faire des têtes d'hippocampe constipé, ou fermer étrangement les yeux en me concentrant sur ma respiration, vous saurez pourquoi. Je me retiens. Et ça fait mal.
Ouais. I'M EVIL. D'ailleurs, Dr. House, c'est mon idole.
"Ouais comme tu te sens trop supérieure-haaaan! Non mais pour qui tu te prends-han?!"
Mais non. Tu n'as rien compris petite pouf de commentatrice. Il ne s'agit pas de comparaisons avec ma (très) petite personne, mais juste de remarques plus ou moins objectives. Et puis.. critiquer, c'ets vital. Et beaucoup plus constructif que certains ne veulent l'avouer. Ben oui, puisque ce mécanisme marche aussi bien (si ce n'est mieux) avec moi-même, est-ce que tu connais un moyen plus efficace que ça pour travailler mon auto-amélioration?
J'aurais voulu expliquer tout ça à ma mère l'autre soir à table. Mais, prise dans un élan insoupçonné de réalisme diplomatique, je me suis dit qu'un combat entre Terminator et le Diable, devant les invités, eût été mal venu. Alors j'ai fermé ma bouche, j'ai souri, et j'ai continué à manger.
VIVONS
Mes copines sont géniales.


